LE VOL EN BANDE ORGANISÉE EST DE MIEUX EN MIEUX, ET DE PLUS EN PLUS LARGEMENT ORGANISÉ !!!

CICE : on cherche encore où est passé le pognon…

pole

Demandeurs d’emploi sur un forum le 14 octobre 2014 à Arras. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Selon le Comité de suivi, au doigt mouillé, le CICE a créé ou sauvé 50.000 à 100.000 emplois. Ce qui fait cher l’emploi : 200.000 à 400.000 euros par an.

On s’en doutait un peu, mais c’est officiel : le CICE a été une piètre réforme. Il a sans doute sauvé des PME de la faillite, ce qui serait le moins qu’on puisse attendre d’une injection dans les comptes des entreprises de 18 milliards par an. Mais sur l’emploi, le « E » de CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), le résultat est faiblard.

Micro-effet sur l’emploi

Le Comité de suivi, qui présentait ce jeudi matin son rapport chez « France Stratégie », a étudié les résultats de plusieurs travaux qu’on lui a préparés  sur le sujet.

  • Une équipe du Liepp de Sciences-Po Paris (Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques), pilotée par Clément Carbonnier, ne voit aucun emploi créé. Vous avez bien lu : zéro. [Lire le rapport du Liepp, PDF]
  • Le laboratoire Tepp-CNRS, de l’Université Marne-la-Vallée (Travail, emploi et politiques publiques), dirigé par Yannick L’Horty, trouve un léger impact qu’il évalue entre 45.000 et 115.000 emplois créés, soit 80.000 en moyenne. Autant dire pas grand-chose, si on rapporte ces emplois aux 20 milliards déversés par an (250.000 euros par emploi). [Lire le rapport de TEPP, PDF]

Prudent, le Comité de suivi a privilégié les résultats les moins pessimistes, avec un bémol pour tenir compte des autres, estimant « probable » un effet direct de l’ordre de « 50.000 à 100.000 emplois créés ou sauvegardés » sur la période 2013-2014. Il explique que son choix optimiste « tient compte du fait que cet effet observé devrait être augmenté de l’emploi des entreprises menacées de faillite, qui auraient été sauvegardés » (un impact qui n’a pas été mesuré, faute d’avoir accès aux données sur les défaillances d’entreprises de la Banque de France…). Il souligne enfin les inévitables « incertitudes » de son évaluation, façon de dire qu’il existe une part de doigt mouillé.

Mais même si cette fourchette est raisonnable, elle reste dans un étiage très décevant : 200.000 à 400.000 euros par emploi créé et par an.

Haut du formulaire

Bas du formulaire

Soit dit en passant, pour que le tableau soit complet, il faudrait calculer l’impact économique du financement du CICE, ce que n’a pas encore essayé de faire le Comité de suivi. Ce financement est notamment passé par une hausse de la TVA, qui a forcément eu un effet négatif sur la consommation et sur la santé des entreprises. Peut-être se rendrait-on alors compte que ce financement a détruit plus d’emploi que le CICE n’en a créé…

Effet brouillé sur les salaires

Si l’argent du CICE n’est pas parti vers l’emploi, où est-il ? Quel a été l’impact sur l’économie de ce CICE, mesure phare du plan compétitivité du gouvernement, dont l’inspirateur était Emmanuel Macron, alors conseiller économique de François Hollande ? La plongée des différents laboratoires de recherche dans la comptabilité des entreprises ne répond pas vraiment à cette question. Rien n’est allé vers l’investissement. Rien vers l’innovation, la Recherche & Développement. Et selon le Liepp, rien sur les exportations (au grand dam du deuxième « C » de CICE – la compétitivité).

L’argent du CICE a-t-il au moins conduit à une hausse des salaires ? Ce n’est même pas certain : les experts consultés ne sont pas d’accord sur le sujet.

L’équipe du Liepp constate bien un effet positif sur les rémunérations. Mais une étude de la Dares, ne portant que sur les salaires (à l’exclusion des primes), ne constate aucun impact significatif du CICE. « Ce qui laisse penser que le CICE a surtout concerné les primes… » en déduit Clément Carbonnier. Les patrons d’entreprises, attentistes, préférant éviter d’augmenter les salaires de façon pérenne.

Quant au Tepp, il constate un impact légèrement négatif sur les salaires. Il est peut-être dû à la création des 80.000 emplois évoqués (moins rémunérés que la moyenne). Ce qui est clair, en tout cas, c’est que l’usine à gaz CICE n’a pas profité au pouvoir d’achat des salariés.

Si l’argent n’est pas vraiment allé sur l’emploi et pas vraiment non plus sur les salaires, il a bien atterri quelque part. Vers les profits par exemple. Il est clair que les marges des entreprises se sont redressées en France. L’excédent brut d’exploitation est passé de 30 à 32% de la valeur ajoutée, en quelques années. Les entreprises en ont profité pour se désendetter ou distribuer plus de dividendes. Selon Henderson Global Investors, le versement des dividendes en France est passé de 31,9 milliards de dollars en 2013 à 40 milliards en 2016…

Ah, au fait, la loi sur le CICE interdit de financer avec le CICE « la hausse de la part des bénéfices distribués »…  Mais cette disposition semble être restée lettre morte. Le sujet n’a même pas été étudié par les différents laboratoires bossant pour le Comité de suivi de « France Stratégie ». L’étude de l’affectation de l’augmentation des marges induite par le CICE sera pour plus tard, a expliqué Jean Pisani-Ferry.

Que s’est-il passé ?

Reste une question : que s’est-il passé pour qu’on en arrive à un si piteux résultat ? « Soit les entreprises n’ont pas considéré le CICE comme une baisse des charges, soit elles sont restée attentistes, le plus probablement les deux », considère Sarah Guillou, qui dirigeait l’équipe de l’OFCE travaillant sur les exportations. Ses collègues Clément Carbonnier et Yannick L’Horty opinent : au moins un point d’accord entre les économistes ayant travaillé sur le dossier.

La majeure partie de la manne du CICE est allée vers la trésorerie des entreprises. Il y a peut-être également eu un effet de diffusion par les prix à d’autres : « Des sous-traitants bénéficiaires du CICE ont pu accorder des baisses de prix à des donneurs d’ordre non-bénéficiaires : des grosses entreprises ont pu récupérer une partie de l’argent », juge ainsi l’économiste Philippe Askenazy, membre du Comité de suivi. En 2013, on avait repéré le phénomène, alors baptisé l’effet « racket ».

Usine à gaz

Ces résultats, aussi maigres que difficilement lisibles, tiennent à la complexité de l’usine à gaz imaginée en 2012. Plutôt que de simplement baisser les cotisations sociales, le gouvernement a préféré passer par un crédit d’impôt, représentant 6% des salaires de moins de 2,5 fois le smic, et versé au mieux un an plus tard (sauf à demander une avance à la Banque publique d’investissement, ce qui est possible).

Pourquoi ce système compliqué ? Parce que le gouvernement a alors cherché à accélérer l’annonce – c’était l’idée de « choc » – tout en retardant le versement du chèque et donc l’impact sur les comptes publics. En espérant que ledit « choc » déclencherait des comportements plus audacieux des entreprises, en termes d’investissement et d’emploi.

C’est l’inverse qui s’est produit. Alexandre, patron d’une PME parisienne, producteur de contenus numériques, se souvient :

« A l’époque, le message était très brouillé. Ils ont supprimé l’allègement Sarkozy des heures supplémentaires, ce qui a accru nos charges, tout en promettant ce crédit d’impôt bizarre… On a préféré attendre. » 

Plusieurs économistes avaient prédit dès le départ un gaspillage d’argent public. « L’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire », tranchait ainsi Thomas Piketty dans sa chronique du « Libération » du 19 novembre 2012. Les syndicats, de leur côté, avaient regretté qu’il n’y ait aucune contrepartie exigée en termes d’emplois. D’autres s’étaient étonnés que cette aide, destinée à aider la compétitivité, et donc les exportations, soit dirigée vers tous les groupes, y compris vers La Poste ou Carrefour. Dès 2014, il était clair que le CICE ne fonctionnait pas. François Hollande s’était d’ailleurs fait une raison, annonçant en novembre la fin du dispositif et son remplacement par des baisses de charges à partir de 2017.

Source : L’Obs/Pascal Riché

piege

 

Publicités

A propos citoyensindignezvous

Que demande un citoyen de la part de ses gouvernants: Qu'ils fassent ce pourquoi ils ont été élus. Un peu de respect et de considération. Hors, aujourd'hui c'est tout le contraire... Alors, oui, je suis indigné!!! Au vu de ce que j'ai découvert depuis que j'ai ouvert ce blog, je suis révolté!!!
Cet article, publié dans ACTUALITE, ANALYSE, CATASTROPHE, FRANCE, LES PILLARDS DE LA RÉPUBLIQUE POURSUIVENT LEURS RAZZIAS, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s