#PENELOPEGATE : MAIS D’OÙ PEUT VENIR LE COUP, À QUI PROFITE LE CRIME ?

Suite à la révélation du « PenelopeGate », le camp Républicain s’interroge sur la provenance de l’attaque, tout en formulant de nombreuses hypothèses, certaines étant jugées « farfelues », d’autres étant considérées comme plus crédibles. Sans accuser qui que ce soit, puisqu’aucune preuve ne peut être avancée, voici le florilège des « bruits de couloirs » :

Usual suspects

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Image: Atlantico

Les tireurs isolés : Rachida Dati, tout comme Henri Guaino, ont été privés de l’investiture de leur parti pour les prochaines législatives. Quel pourrait être leur intérêt de voir chuter François Fillon ? En quoi l’hypothèse de l’intervention de l’une ou l’autre de ces deux personnalités peut-elle être crédible ?

Roland Hureaux : Je connais bien Henri Guaino : je ne crois pas que ce genre d’attaque soit dans son caractère même s’il pourrait nourrir l’espoir de remplacer au pied levé un Fillon déstabilisé. Quant à Rachida Dati, n’a-t-elle pas dit elle-même qu’elle ferait « la guerre à François Fillon », furieuse d’avoir été éjectée de la 2e circonscription de Paris que Fillon a décidé, on se demande pourquoi d’ailleurs, de laisser, s’il est élu, à Nathalie Kosciusko -Morizet ? Donc en bref, hypothèse Guaino peu crédible, hypothèse Dati crédible. J’attire cependant votre attention sur le fait qu’il s’agit d’un coup bien monté : dans les présidentielles françaises, c’est entre le 20 et le 30 janvier précédant l’élection que se font les mauvais coups : c’est dans cette fenêtre de tir que Chirac avait éliminé Barre en 1988 puis Balladur en 1995, je doute Dati ait pu penser toute seule à cela. D’autre part, cela tombe comme par hasard, juste avant le grand discours que Fillon doit prononcer à la porte de Villette le 29 janvier.

Anita Hausser : Crédible à première vue, mais improuvable. Le nom de Rachida Dati a fusé en premier après les révélations du Canard Enchainé. Des échos de presse relatant les appels téléphoniques furieux de la députée européenne à Thierry Solère, le porte-parole de François Fillon après son éviction de l’investiture dans la deuxième circonscription de Paris, conforteraient cette hypothèse. Mais encore fallait-il qu’elle soit informée de la situation de Pénélope Fillon par un collaborateur un peu trop bavard ou une source fiscale. Hier soir, elle a formellement démenti être à l’origine de cette dénonciation. Même problématique pour Henri Guaino. Le député LR des Yvelines a vu son investiture pour les législatives de juin prochain bloquée pour le moment, parce qu’il veut être candidat à l’élection présidentielle. Il nourrit une détestation qui relève de l’irrationnel à l’encontre de François Fillon, son frère en « séguinie ». Mais livrer ce type d’information au Canard Enchainé, serait signer son arrêt de mort politique!

Les perdants de la primaire. Les différents vaincus de la primaire auraient-ils réellement un intérêt à voir chuter François Fillon ? Une chute ou un empêchement de ce dernier pourrait-il leur profiter ?

Roland Hureaux : Globalement tous ceux qui sont  engagés dans un parti, ont  intérêt à la victoire de ce parti qui aura d’importantes retombées, notamment aux législatives, et donc à se rassembler derrière le candidat désigné. C’était le sens de la primaire. Pour que ce que vous évoquez soit fondé, il faudrait que l’un des candidats battus à la primaire espère faire un retour dans la course au cas où  Fillon serait carbonisé : ce serait très risqué. Les battus de la primaire, dont le résultat n’a pas été contesté, ont tous du plomb dans l’aile. Autre hypothèse : un candidat du parti Les Républicains non candidat à la primaire. En dehors de Guaino, je  n’en vois pas. Il faudrait quelqu’un de convaincu qu’il peut faire mieux que Fillon, ce qui dans le  contexte actuel, ne sera pas facile. De toutes les façons, ce genre d’exercice serait propre à reléguer à la 3e, voire à la 4e place le candidat républicain. Ce serait un jeu risqué.

Anita Hausser : Pas crédible. Les vaincus de la primaire peuvent éventuellement se réjouir des ennuis de François Fillon, mais sa chute ne leur profiterait pas pour une raison bien simple : ils ont tous été sèchement battus. Aucun d’entre eux, qu’il s’agisse de Nicolas Sarkozy ou d’Alain Juppé ne pourrait légitimement se substituer à lui. A ce jour, les proches d’Alain Juppé se sont soit ralliés à la candidature Fillon, soit ils se sont mis en retrait. Son directeur de campagne est même devenu le trésorier de la campagne de François Fillon. Quant à Nicolas Sarkozy, il a tourné la page de la politique. Il déplore la mise à l’écart de certains proches mais il n’a pas d’héritier en tant que tel, susceptible de se glisser dans la peau d’un candidat de substitution, dont il souhaiterait assurer la promotion.

L’Elysée. Jean Pierre Jouyet : En quoi le secrétaire général de l’Elysée, proche d’Emmanuel Macron, pourrait-il être à l’origine de la révélation ? En quoi les rancœurs à l’égard de François Fillon peuvent-elles en être à l’origine, notamment suite à ce qui a été appelé « l’affaire Jouyet-Fillon » ? 

Roland Hureaux : Le secrétaire général de l’Elysée est d’abord proche  de son patron direct qu’il voit tous les jours, le président de la République. Hollande n’en est certes pas à un coup tordu près comme le montrent  plusieurs livres récents. Les rancœurs personnelles de Jouyet, je n’y crois guère. Ce grand chrétien de gauche doit savoir pardonner. En revanche toute manœuvre qui affaiblirait Fillon serait d’abord profitable à Macron, dont il est  un soutien actif. Si l’on  considère que ni le candidat socialiste (quel qu’il soit), ni Mélenchon ne seront au second tour – avec un doute sur le dernier -, et que Marine Le Pen y sera, quoi qu’on fasse dire aux sondages,  la course principale  est entre Fillon et Macron.

L’enjeu est essentiel. L’élection française arrive à un moment  crucial de l’histoire : le Brexit, l’élection de Trump, la montée en puissance de Poutine. Face à cela, l’Europe est bien mal en point: Merkel, Hollande, l’équipe Rienzi en Italie, Juncker, en fin de course, sont devenus des zombies. Pour ceux qui craignent une vaste remise en cause de l’ordre mondialiste et européiste, parmi lesquels il faut compter quelqu’un comme Jouyet bien entendu et d’autres en France et à l’étranger,  l’élection française représente un enjeu capital. Si le futur président français échappait au courant dominant, comme Trump, ce serait la fin d’un monde.

Ces gens là sont arrogants et aujourd’hui sur la défensive. Ils veulent une allégeance totale  éliminant tous les risques de déviance. François  Fillon a certes  donné des gages à ce courant, notamment par la place qu’a prise auprès de lui un  Henri de Castries ou encore par la rigueur, si débattue, de son programme. On n’imagine pas qu’il secoue comme Samson les colonnes du temple. On peut penser néanmoins que dans certaines officines, pas forcément françaises, il ne soit pas considéré comme un homme sûr, du fait en particulier de sa volonté d’améliorer les relations avec la Russie.

Pas davantage que Valls ou Hamon qui n’avaient pas soutenu le oui au référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005. Marine Le Pen et Mélenchon sont des souverainistes. Fillon et le futur  candidat du  PS, quel qu’il soit, apparaissent comme des semi-souverainistes (comme dans les disputes théologiques du IVe siècle, on parlait de  semi-ariens). Pour un idéologue mondialiste intransigeant, seul Macron offre toutes les garanties de la  conformité. De là à ce que certaines forces aient conçu le projet de l’amener au second tour coûte que coûte sans regarder les moyens, on peut tout imaginer…

Ce serait, soit dit en passant, un jeu dangereux pour elles. Fillon-Le Pen au second tour, Fillon gagnera, je crois, sans coup férir. Macron-Le Pen, je ne  suis pas sûr du résultat : ce serait  un choc frontal entre les deux France, celle d’en haut et celle d’en bas d’une violence inouïe. D’un côté tout ce que les Français rejettent et qu’incarne Macron – les Français ne s’en sont  pas encore aperçus mais ça va venir -,  et  de l’autre,  une protestation radicale  avec un programme de rupture  forte incarnée par  Marine Le Pen. La bataille  serait terrible. Même s’il peut espérer ratisser large dans l' »arc républicain » (avec sans doute beaucoup de pertes à gauche), Macron n’a pas, à mon sens,  cette légitimité profonde qui lui permettrait de l’emporter. Macron, c’est une bulle qui éclatera mais quand ? Avant ou après le premier tour ?

Anita Hausser : Crédible. Les faits remontent à 2014. A l’époque les deux hommes se sont fâchés. François Fillon a poursuivi Jean-Pierre Jouyet pour diffamation après que le secrétaire général de l’Elysée ait révélé que l’ancien Premier ministre avait déclaré à propos de Nicolas Sarkozy « mais tapez le, tapez le vite »! (afin d’écarter l’ex-président, son rival potentiel de la primaire, menacé par de affaires judiciaires). Gérard Davet et Fabrice Lhomme, les deux journalistes du Monde avaient rapporté ces propos. François Fillon a non seulement démenti mais il a attaqué le secrétaire général de l’Elysée en justice pour diffamation. La polémique avait été très violente. Depuis, Jean-Pierre Jouyet a été relaxé par la Justice en première instance et en appel

Les réseaux. Suite à la victoire de François Fillon, certains ont accusé le nouveau patron de la droite de « désarkosyzer » le parti, notamment en ce qui concerne les réseaux de police et de renseignement. Cette hypothèse est-elle crédible ? 

Roland Hureaux : Les réseaux de police et de renseignement ne sont pas au parti des Républicains  mais, à  ma connaissance, dans l’appareil d’Etat que ni Sarkozy ni Fillon ne contrôlent.

Certains policiers comme Frédéric Péchenard  se sont lancés  en politique  dans le sillage de Sarkozy, mais je ne vois pas quel intérêt ils auraient à se prêter à une manœuvre propre à favoriser Macron ou Marine Le Pen qui ne leur feront sans doute pas de cadeaux.

Patrick Buisson. Virulent contre Nicolas Sarkozy à l’automne, l’ancienne éminence grise de l’Elysée aurait souhaité la victoire d’Alain Juppé à la primaire, dans le seul but de permettre une explosion de la droite française, permettant ainsi une véritable recomposition politique, alliant extrême droite et certains membres des LR ? 

Roland Hureaux : Il existe tout un courant de pensée auquel appartient Patrick Buisson qui, pour différentes raisons, ne se satisfait de l’offre politique ni des Républicains ni du Front national et qui, grosso modo, se situe entre les deux. Elle s’est retrouvée à Béziers en mai dernier à l’invitation  de Robert Ménard .

Le  problème des membres  de cette mouvance est qu’ils n’ont pas à ce jour, du fait de l’abstention de Philippe de Villiers qui aurait pu être leur commun dénominateur, entre Marine Le Pen et François Fillon, de  candidat  qui incarne leurs aspirations – sachant que Nicolas Dupont-Aignan ne les satisfait pas non plus. Ces aspirations sont d’ailleurs partagées par une partie significative  de l’opinion, au moins à droite. Je ne vois pas en quoi la déstabilisation de François Fillon résoudrait ce problème. Je ne vois pas en particulier en quoi ils auraient  intérêt à favoriser  Macron qui se situe, peut-être plus encore que Mélenchon, aux antipodes de leurs idées sur presque tous  les sujets.

Anita Hausser : C’est prêter un immense pouvoir à Patrick Buisson. Mais une alliance Buisson- Canard Enchainé, ça ne colle pas !  De  plus, Alain Juppé a perdu la primaire et est hors jeu. Un éventuel « empêchement » de François Fillon provoquerait un chaos à droite, avant sa recomposition. Enfin, cette hypothèse vient contredire la rumeur selon laquelle Patrick Buisson chercherait à faire partie de l’entourage de François Fillon, pour jouer un rôle dans la campagne.

Les candidats alternatifs. Quelles seraient les personnalités susceptibles de pouvoir « remplacer » le candidat de la droite, ayant la capacité de rassembler cette famille politique ?

Roland Hureaux : Rien ne dit que François Fillon ne saura pas encaisser les coups qu’il a reçus ; d’autant que les accusations qui sont portées contre lui ne sont pas si graves. Si tel n’était pas le cas, la question que vous posez serait bien la  question à 1000 francs !  De là, à ce que ces coups bas viennent de candidats non encore déclarés, là vous m’épatez.

Anita Hausser : pas crédible.

Source : Atlantico

 

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Que demande un citoyen de la part de ses gouvernants: Qu'ils fassent ce pourquoi ils ont été élus. Un peu de respect et de considération. Hors, aujourd'hui c'est tout le contraire... Alors, oui, je suis indigné!!! Au vu de ce que j'ai découvert depuis que j'ai ouvert ce blog, je suis révolté!!!
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