UN FORMIDABLE CADEAU… EMPOISONNÉ

François Hollande va recevoir Benoît Hamon, désormais candidat socialiste, afin de lui manifester son soutien. Mais où est le piège ?

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Benoît Hamon en 2014 aux côtés de François Hollande. L’ex-ministre de l’Education pourra-t-il vraiment se désengluer du bilan Hollande ? AFP/ PATRICK KOVARIK

Et voici que François Hollande s’apprête à proposer à Benoît Hamon de jouer à la roulette belge. Même principe que la roulette russe, sauf que tous les compartiments du chargeur sont munis d’une balle. On y pense depuis que l’on a appris ce mardi que le président sortant entendait manifester son soutien au vainqueur de la Primaire de la Belle alliance populaire, Benoît Hamon. Est-ce vraiment un cadeau ?

Reprenons. François Hollande a un bilan. La perception de son bilan par les Français l’a conduit à renoncer à présenter sa candidature. Manuel Valls, relevant le gant et le bilan, a subi à la Primaire ce qui était promis à François Hollande. Emmanuel Macron caracole en tête des sondages parce qu’il s’est affranchi dudit bilan, plaidant les blocages et les mesquineries vallsistes qui l’auraient empêché d’agir. Benoît Hamon a été désigné candidat par la branche gauchiste des électeurs de la Primaire parce qu’il s’est aussi affranchi du même bilan, dans un autre registre que Macron. Le candidat PS a plaidé sa résistance à la politique décidée par Hollande et Valls. Il s’est construit sur cette fondation. Il ne peut plus s’en dédire. Il lui est interdit d’endosser la moindre parcelle de ce bilan sous peine d’être entrainé dans la même spirale que Manuel Valls.

Rendez-vous est pris jeudi entre Hamon et Hollande

Or, voici que François Hollande, sans attendre, fait savoir, par l’entremise de ses canaux favoris, qu’il est d’ores et déjà mobilisé derrière Benoît Hamon. Pensez donc. Dès dimanche soir, le président a répondu au SMS que venait de lui envoyer Benoît Hamon. Ils vont se voir dès jeudi. Le candidat sait qu’il doit rassembler, nous dit-on. Le président devait dissiper toute ambigüité sur le cas Macron, nous dit-on encore. La grande famille socialiste va se rassembler, nous dit-on toujours. C’est que Benoît Hamon pense désormais qu’il peut gagner l’élection présidentielle, nous dit-on enfin. Allons bon… C’est reparti comme en 1981…

Sauf que…

Sauf que le soutien de François Hollande, au regard de son destin, conjugué à celui de Manuel Valls, sortant déjà sorti, est un drôle de soutien. Ainsi Benoît Hamon aurait raconté à ses électeurs une drôle d’histoire… Quel serait ce candidat qui aurait passé à expliquer à la gauche Corbyn à la française qu’il fallait rompre au plus vite avec la praxis hollando-vallsienne de gouvernement et qui s’en irait, sitôt élu par la gauche de la gauche des électeurs de la Primaire, se faire adouber par François Hollande ? D’un coup, le bilan du président sortant, d’inacceptable, deviendrait supportable. D’un coup, les forces de l’esprit de Guy Mollet se réincarneraient en Benoît Hamon. Après avoir conquis l’appareil socialiste nécessaire afin d’être candidat, par l’extrême gauche, le vainqueur de la Primaire serait prêt à vendre son âme électorale au démon qu’il dénonçait hier… Etrange spectacle…

Hamon pris en tenaille

Sans peser ici les pensées et arrière-pensées du président Hollande, constatons, de la manière la plus objective et la plus froide, que son soutien, si ostensiblement affiché, place Benoît Hamon dans une tenaille pour le moins menaçante.

Etre adoubé par le président du bilan accablant, c’est être aussitôt vallsisé. Bref, remis à portée de tir électoral de Jean-Luc Mélenchon, ce Mélenchon auquel, sur temps court vérifié par sondages, Hamon a déjà repris quelques voix socialistes égarées. Mais demain éventuellement soutenu par le président honni par cette partie de la gauche de la gauche qui a fait payer à Valls le bilan Hollande, Benoît Hamon risque de perdre aussi vite ce qu’il parait avoir repris.

Mais il est vrai aussi que ne pas être adoubé par le président sortant, c’est se retrouver coupé de la masse de l’électorat socialiste, social-démocrate, réformiste et progressiste. Qui compte en son sein des électeurs encore fidèles à François Hollande. Une bonne partie de ceux-là campent déjà chez Macron. Et Benoît Hamon ne peut rien espérer sans eux.

Les choses étant ainsi posées, il parait évident qu’entre les deux termes de l’alternative, Hamon va tenter de la jouer « tri sélectif ». Piochant dans le bilan ses éléments les plus consensuels. Or ceux-ci de ne portent pas sur l’essentiel. Le Mariage pour tous, c’est bien. Mais rassembler sur une vision commune de la politique étrangère, de l’état d’urgence, de la loi El-Khomri, du revenu universel, de la laïcité, pour ne citer que ces seuls motifs de fâcherie, c’est une autre paire de manches… Sur bien des sujets fondamentaux, Benoit Hamon est dans une position gauchisante qui lui interdit la synthèse. Où il se renie. Ou il se sacrifie.

A cela on ajoutera les déclarations des uns et des autres, qui disent la fragilité politique du candidat Hamon.

Le refus des socialistes de se convertir à la Fronde …

C’est Bernard Cazeneuve, qui le recevant à Matignon, lui adresse, après son départ, une leçon de réalisme politique et de culture de gouvernement, soulignant que la gauche « ne réussira pas sans assumer le bilan du quinquennat de François Hollande, dont nous avons toutes les raisons d’être fiers des progrès qu’il aura grandement contribué à rendre possibles », avec au passage le cruel rappel des grandes figures, Blum, Mitterrand et Jospin.

C’est Jean-Marie Le Guen, ministre, qui s’inquiète de la ligne Hamon : « Sa stratégie ne semble pas être de rassembler sa famille mais d’aller concurrencer Jean-Luc Mélenchon. Il n’est pas dans une logique présidentielle, mais de recomposition de la gauche de la gauche ».

Ce sont enfin, tous ces députés de base, qui ont expérimenté la ligne Hamon tout au long de la séquence Frondeurs, et dont certains plaident déjà pour un droit de retrait dans le soutien à Benoît Hamon, grand diviseur des socialistes : « Le rassemblement, c’est le respect de tous associé à des actes, ce ne peut être l’obligation, pour chaque socialiste, de se convertir à la Fronde ».

Et tout cela ne fait que commencer, tous les observateurs le savent. Quand de grandes voix se feront entendre, on pense ici à Ségolène Royal, Jean-Yves Le Drian et quelques autres, les oreilles de Benoît Hamon risquent de siffler encore plus fort

Enfermer Hamon dans une nasse, l’objectif secret de Hollande ?

François Hollande sait-il  tout cela ? Anticipe-t-il que son ostensible soutien à Benoît Hamon, porté par l’implicite et inévitable défense du bilan, peut être de nature à enfermer le candidat socialiste dans une nasse dont il lui sera difficile de s’extraire autrement qu’en affichant des ondulations et contorsions politiques et idéologiques, toutes de nature à le vider de toute substance électorale, sur sa gauche et sur sa droite ? Pourrait-il entendre que son soutien risque de se révéler empoisonnant pour celui dont on nous dit qu’il sera son candidat fétiche ?

Ce soutien du Chef de l’Etat surgit même au moment où il apparait que la candidature d’Hamon semble inadaptée à l’ontologie de l’élection présidentielle de la Ve République. Une preuve ? Un détail de communication, mais qui en dit long.

Après son entrevue à Matignon, lundi après-midi, le candidat socialiste a jeté quelques mots aux journalistes présents. Un petit micro avait été posé là. Nu. Dépouillé. Squelettique. Sans majesté. Benoît Hamon s’est placé là, et a bafouillé une déclaration improvisée. On était bien loin de la représentation que l’on peut se faire d’un candidat crédible à la présidence de la République. Quand Bernard Cazeneuve, s’est à son tour adressé aux journalistes, un pupitre a été dressé pour l’occasion. Et le Premier ministre a lu ici une déclaration rédigée à la virgule près. En majesté. En autorité. En responsabilité. Le pouvoir, le vrai, c’était Cazeneuve. Le touriste, c’était Hamon.

L’incarnation du pouvoir, c’est un métier. Et pour le moment, ce n’est pas celui de Benoît Hamon, qui a sans doute beaucoup à apprendre du soutien Hollande. Nul n’en doute. Quant à la question de savoir ce qu’il en est des éventuelles conséquences du soutien affiché du président à son successeur en candidature, il est clair que le président ne veut que du bien à Benoît Hamon. Sinon, il ne le soutiendrait pas, c’est l’évidence. François Hollande n’est pas du genre à faire des cadeaux empoisonnés. Jamais. Tout le monde le sait, ce n’est pas le genre de la maison.

 Source/ Challenges

 

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Que demande un citoyen de la part de ses gouvernants: Qu'ils fassent ce pourquoi ils ont été élus. Un peu de respect et de considération. Hors, aujourd'hui c'est tout le contraire... Alors, oui, je suis indigné!!! Au vu de ce que j'ai découvert depuis que j'ai ouvert ce blog, je suis révolté!!!
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Un commentaire pour UN FORMIDABLE CADEAU… EMPOISONNÉ

  1. josephhokayem dit :

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

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