LE PRIX DU BEURRE : ARNAQUE ? SPECULATION ?

Le prix du beurre flambe, la pénurie guette dans les grandes surfaces

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Les rayons beurre des supermarchés sont moins remplis qu’à l’habitude ces dernières semaines. | Photo : Marc Ollivier / Ouest-France.

On manque de beurre dans les rayons des grandes surfaces. Les fabricants n’arrivent pas à répondre à la demande. La flambée des prix devrait durer plusieurs mois.

« En raison d’une pénurie de matière première sur le beurre, nous sommes aujourd’hui dans l’incapacité de vous proposer ce produit. » C’est le genre d’affichette qui tend à se répandre, ces derniers jours, dans les rayons des grandes surfaces.

Après avoir touché les grossistes, la pénurie de beurre affecte désormais les particuliers. « Les marques de distributeurs ont été les premières touchées, indique Gérard Calbrix, directeur des affaires économiques de l’Association de la transformation laitière française (Atla). Mais, désormais, même les fabricants des grandes marques n’arrivent pas à livrer la totalité des commandes. »

Demande en hausse

Pourquoi ? D’abord parce que l’on mange de plus en plus de beurre. La consommation nationale a progressé de 5 % entre 2013 et 2015, de 2,5 % à l’échelle mondiale.

Longtemps décriée, la matière grasse animale a fait un retour triomphal sur la table de la cuisine. Des études scientifiques récentes ont montré que le beurre n’était pas dangereux pour la santé, contrairement aux huiles végétales.

À l’automne 2015, les restaurants « McDo » ont même abandonné la margarine. En Asie, les viennoiseries et les croissants cartonnent. La Chine, à elle seule, a augmenté ses commandes de 23 %, dont la moitié environ en provenance de France.

« Appels désespérés »

Mais la production peine à suivre. Les éleveurs laitiers, mal rémunérés, ont réduit le robinet. La collecte a baissé au premier semestre. Circonstance aggravante : le lait des vaches (sélectionnées génétiquement pour produire beaucoup de litres) s’avère aujourd’hui moins riche en matière grasse.

 « Et les industriels l’utilisent davantage pour produire de la crème et du fromage (plus rentables) », explique Olivier Blanchard, délégué pour la filière laitière chez FranceAgriMer.

« Quand vous produisez du beurre, vous récupérez aussi du lait écrémé. Or la poudre de lait écrémé, actuellement, ça ne vaut rien… », confirme Daniel Delahaye, directeur général d’Isigny Ste Mère, coopérative spécialiste du beurre d’appellation (AOP). « Notre usine peine à fournir face à la forte demande. On reçoit des appels désespérés de clients… »

Conséquence du déséquilibre entre l’offre et la demande, la cotation du beurre flambe. Il y a vingt mois, la tonne de matière grasse animale plafonnait sous les 2 500 €. Elle se négociait à 6 900 € en septembre. Une hausse de 172 %. « C’est du jamais vu », affirme Olivier Blanchard.

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Croissants à la hausse

Mais cette flambée ne s’est pas répercutée dans les supermarchés (+ 7 %). Pas de quoi inciter les fabricants à livrer du beurre dans les rayons… « Avec la grande distribution, les prix des produits sont fixés une fois par an. Et les négociations se sont tenues en février », explique Gérard Calbrix. Résultat : les plaquettes de beurre emballées sont aujourd’hui vendues moins cher (5,50 € le kilo) qu’au marché de gros (8 € le kilo), dont la cotation est révisée régulièrement.

Des boulangers, des crêpiers délaissent même les grossistes pour acheter du beurre en grandes surfaces, accentuant la pénurie. « Face à cette flambée des cours, aux ruptures d’approvisionnement, le prix des croissants et des pâtisseries va être revu », annonce Matthieu Labbé, délégué général de la Fédération des entreprises de boulangeries.

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Des risques pour l’emploi ?

 Le syndicat des fabricants de biscuits et gâteaux de France demande aux distributeurs des hausses de tarifs. Et rapidement… « Ils encaissent un surcoût de 113 millions d’euros, indique Fabien Castanier, secrétaire général du syndicat. Le beurre peut représenter jusqu’à un quart des ingrédients d’une recette. On s’attend à une fin d’année difficile si on ne renégocie pas avec la grande distribution. Il y a des risques pour l’emploi. »

La pénurie de beurre pourrait durer plusieurs mois. Selon Benoit Rouyer, économiste au Cniel (l’interprofession laitière), « les niveaux de prix vont rester élevés car les stocks de beurre sont actuellement au plus bas et la demande soutenue ».

La pénurie de beurre s’explique (aussi) par un bras de fer entre industriels et grande distribution

Plusieurs supermarchés ont des difficultés à s’approvisionner en beurre, mi-octobre. Un manque qui s’explique par l’explosion du prix de ce produit, mais aussi par des négociations tendues entre grandes surfaces et distributeurs.

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Des produits manquent dans le rayon d’un supermarché de Quimperlé (Finistère), touché par la pénurie de beurre, le 20 octobre 2017. (MAXPPP)

Le beurre commence à manquer. Plusieurs supermarchés ont des difficultés à s’approvisionner, mi-octobre, et expliquent leurs rayons mal achalandés par « une pénurie ». Ce manque de beurre, ponctuel, s’explique en partie par une baisse de la production de matière grasse animale en Nouvelle-Zélande, premier exportateur au monde, ainsi qu’en Europe, en réaction à une surproduction survenue en 2015. Autre facteur en cause : l’explosion de la demande mondiale de beurre, revenu dans les bonnes grâces des nutritionnistes.

Trois raisons de s’inquiéter de la pénurie de beurre qui touche la France

Mais les difficultés à trouver des plaquettes dans vos supermarchés ont une autre raison : le bras de fer entre les industriels et les grandes surfaces. Europe 1 indique, lundi 23 octobre, que les deux parties ne parviennent pas à s’accorder sur le prix du beurre, qui a flambé depuis le début de la pénurie. Les industriels veulent profiter de la hausse mondiale pour renégocier leurs contrats avec les supermarchés. Il faudrait une augmentation de 5 à 10% du prix de la plaquette en grande surface pour que les industriels y trouvent leur compte, explique Europe 1.

« Les industriels respectent a minima leurs engagements envers les distributeurs »

Pour l’instant, les négociations sont au point mort. « La grande distribution refuse d’augmenter, en cours de saison, les tarifs négociés en février dernier. Il y a une trop grande rigidité dans les négociations, détaille Alain Le Boulanger, délégué pour l’Ouest de la Fédération nationale des industries laitières (Fnil), au Télégramme. Alors qu’en Allemagne le prix de la plaquette de beurre a augmenté de 50% en un an, elle n’a augmenté que de 12% en France. »

Résultat : « Les industriels respectent a minima leurs engagements envers leurs clients distributeurs et, pour le reste, approvisionnent de préférence leurs clients fidèles, pâtissiers ou grossistes, qui les paient au prix réel du marché, poursuit le responsable de la Fnil. Du beurre part donc en France, mais aussi à l’export. »

Des contrats non renouvelés pour l’instant

Ce phénomène concerne surtout les marques de distributeurs, affirme Europe 1. Leurs contrats avec les industriels sont en effet assez courts et peuvent être renégociés tous les six ou trois mois. « Ces contrats ne sont pas renouvelés pour l’instant et c’est pour ça que les distributeurs ne sont plus achalandés, indique à la radio André Bonnard, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). On n’approvisionne pas le marché intérieur car il est moins rémunérateur que le marché mondial. C’est un choix d’industriels. »

On pourrait toutefois éviter la pénurie sur ces marques. « En France, on produit beaucoup, si on priorisait on aurait du beurre. On est largement excédentaire », affirme Benoît Koning, responsable lait des Jeunes agriculteurs de l’Orne, interrogé par France 3 Normandie. Pour contrer la grande distribution et se rapprocher des consommateurs, la FDSEA de l’Orne songe à revendre des plaquettes de beurre à prix coûtant dans les prochaines semaines, selon la chaîne.

Les grandes marques, comme Elle et Vire ou Président, sont pour l’instant épargnées par ce bras de fer. Leurs contrats avec les distributeurs sont négociés à l’année : le prix ne peut pas être discuté pour l’instant et les industriels ne peuvent donc pas se permettre de ne pas les livrer. Mais cela ne va pas durer : les négociations entre fournisseurs et grandes marques vont débuter en novembre, pour fixer le nouveau prix des matières premières. Le tarif du beurre, appliqué à partir de mars 2018, devrait donc prendre en compte la hausse des cours mondiaux.

Sources : Ouest France et France info/France Télévisions

Note de citoyen Indigné : Je comprends bien qu’il y a moins de lait, que ce lait est de moins bonne qualité organoleptique, mais il ne manque pas de lait dans les grandes surfaces, ni de yaourt, ni de petits suisses, ni de crèmes diverses et variées ???… Alors ?

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Que demande un citoyen de la part de ses gouvernants: Qu'ils fassent ce pourquoi ils ont été élus. Un peu de respect et de considération. Hors, aujourd'hui c'est tout le contraire... Alors, oui, je suis indigné!!! Au vu de ce que j'ai découvert depuis que j'ai ouvert ce blog, je suis révolté!!!
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2 commentaires pour LE PRIX DU BEURRE : ARNAQUE ? SPECULATION ?

  1. limon dit :

    merci pour cet article intéressant et complet que vous nous avez trouvé ..pour moi il s’agit de faire monter les prix , c’est tout ..
    quand je lis que la Nouvelle Zélande est le premier exportateur , alors que la France était « paysanne » et que les agriculteurs français ne vivent pas !! ça laisse songeur …

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